Interviewer : L'autre chose est un peu frappante, c'est qu’on a l'habitude de faire d’Orphée un mythe un peu tragique de l'amour, de la condition humaine et là, on est face à un spectacle qui est joyeux, parfois même comique, on rit, on va avoir des émotions parfois plus tristes et c'était quelque chose de recherché ou quelque chose qui est déjà là dans l'écriture ? Jean Bellorini : Je pense que ça fait partie de l'écriture de Valère. Il y a du comique, du comique au sens le plus beau du terme, c'est Louis de Funès… c'est quelqu'un qui aime ces acteurs-là. Et après, je ne sais pas si c'était voulu, mais enfin si… c'était quand même relativement conscient, qu’à travers cette question de la mort, des dessous, il fallait parler quand même de la vie extrême, plutôt de la naissance, plutôt de la joie et plutôt de la passion irraisonnable. Ça, c'est ce que je me suis raconté pendant beaucoup de moments de solitude, de réflexion pendant toute cette attente, pendant ce confinement et tous ces moments-là. Mais que j'avais envie de mettre en avant la passion de ces personnages, Orphée qui se retourne contre, enfin, à l’anti-Orphée sanitaire qui acceptent tout, en fait. Ils sont irrévérencieux. Ils sont joyeux parce qu’insolents et c'est le jeu des ombres, effectivement, encore. Mais on sait qu'on ne doit pas se retourner, on se retourne quand même. On sait qu'on doit pas rentrer dans un EPHAD, en fait si, parce que vivre les dernières minutes ou les derniers mois, il vaut mieux les vivre que les sous-vivre. Et cette question de la survie, pour répondre à « c’est profonds mais c'est joyeux », c'est de la survie non pas au sens de la mort… mais au-dessus de la vie quoi, et ça déborde de joie. Donc ça, c'était conscient. Et c'est pourquoi on se met à chanter. Pourquoi le chant nous envahit ? Mais parce que ça déborde, parce qu’on ne sait pas le dire autrement.