Jean Bellorini : Et c'était aussi pour ça à Avignon, ne pas avoir à faire une distribution en fonction d'une pièce, mais dire : « je veux travailler avec telle et telle personne », et au fond, ce spectacle réunit un peu mes années Saint-Denis. C'est-à-dire deux anciens de la Troupe éphémère, dont un qui a 17 ans, une ancienne du Berliner Ensemble que j'ai mis en scène, Hélène Patarot qui était dans Proust… tous mes acteurs fidèles avec qui certains… Je pense à François Deblock et Marc Plas, je les connais depuis qu'ils ont 10 ans, ils sont en sixième. Ma première mise en scène, je suis en terminale et François en sixième, je travaille avec lui, j’en ai un souvenir comme si c'était hier. Je le mets en scène tous les ans de la sixième à la terminale. J'ai fait énormément ça, j'ai mis en scène des enfants, c'est comme ça que j'ai appris… Enfin, des enfants ou des jeunes gens… et de la sixième à la terminale, pendant sept années, je le mets en scène, il rentre dans l’école Claude Mathieu, je venais de venir en prof… je l’ai pendant trois ans à l’école Claude Mathieu, il sort avec la promotion que je mets en scène de l’école Claude Mathieu – quatre ans – ça fait onze. Il rentre au conservatoire national, il en fait une année et puis je lui propose de faire le Rabelais. Et puis le Rabelais prend une telle envergure qu’il quitte le conservatoire et on tourne Rabelais… Après, Avignon, Karamazov, enfin bref, on ne s'est pas quittés depuis 97, 96. Et Marc, pareil, à un an d'écart. C'est pour dire aussi la fidélité et l'histoire de… En fait, c'est une histoire de troupes, même si on est très jeune, enfin, ils sont assez relativement jeunes, c'est ça qui compte. Jacques, enseignant à l'école Claude Mathieu et qui nous a eu tous, voilà… En fait, j'ai constitué ma troupe en sortant de l'école avec les gens qui avaient fait l'école avec moi ou mes premiers élèves. Interviewer : En même temps, ce qui frappe quand on voit ces acteurs, c'est l'extraordinaire, même s'ils ont une histoire commune, l’extraordinaire variété d’âge, de physique, d'origine, de voix aussi, de timbre de voix… JB : … C’est pour ça que je dis que c'est aussi grâce aux années Saint-Denis. C'est-à-dire qu'avant, il y avait une peut-être une homogénéité un petit peu plus forte… même si Jacques Hadjaje, même si Mathieu Delmonté, même si… Mais effectivement, le fait qu'il y ait Liza, Ulrich, Anke… voilà… ça apporte toute cette différence et c’était le propos. ITW : C'est qu’on a l'impression d’un condensé d'humanité, un peu, sur le plateau. JB : Tant mieux, tant mieux ! C'était le but, en tout cas.